Pollution de l'Escaut : état des lieux

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poisson mort échoué
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Trois semaines après la pollution constatée sur l'Escaut, le Service public de Wallonie fait le point sur les dégâts considérables enregistrés au niveau de la faune piscicole.

Pour rappel, le 20 avril au matin, le SPW a été informé par les sondes de son réseau de surveillance d'un taux d'oxygène dans l'Escaut particulièrement faible. Dans le même temps, alertés par des appels de nombreux pêcheurs et riverains du fleuve, le département de la Nature et des Forêts s'est rendu immédiatement sur place et a pu constater la présence extrêmement importante de poissons morts à la surface du fleuve.

Pollution organique confirmée

Il se confirme à présent que cette mortalité sans précédent trouve sa cause dans une pollution organique qui prive le fleuve d'oxygène. En cause, "une brèche importante dans un des bassins de décantation des eaux de la sucrerie Téréos située à Escaudoeuvres (NDLR : soit à environ 40 km le long de l'Escaut du premier village belge de Bléharies) qui a conduit au déversement d'un volume estimé à 100 000 m3 de ces eaux  dans le voisinage immédiat et dans l'Escaut", a confirmé par communiqué de presse la Préfecture du Département du Nord le 24 avril dernier.

Les contacts se poursuivent avec la France pour comprendre pourquoi la procédure d'alerte n'a pas été déclenchée dans le cadre de cette pollution survenue le 9 avril. À cet égard, l'administration wallonne entend poursuivre une concertation et en appelle à une information réciproque entre toutes les instances concernées.

Destruction quasi-totale de la faune

En termes de pollution, le constat est sans appel : la faune présente sur les 36 km d'Escaut wallon a été presque totalement détruite, asphyxiée par cette pollution en matières organiques fermentescibles.

Pour rappel, il faut minimum 5 mg/l d'oxygène dissous pour garantir la survie des organismes aquatiques de ce type de cours d'eau. Or, les premiers relevés dans l'Escaut wallon ont montré un niveau inférieur à 0,5 mg/l.

On estime à 50 à 100 t la quantité de poissons décimée par cette catastrophe écologique, dont certaines espèces étaient d'ailleurs en pleine période de reproduction et sont protégées (comme l'anguille européenne, la bouvière européenne, l'able de Heckel, l'ide mélanote, la loche d'étang, etc.). Sans compter d'autres éléments de la faune aquatique, protégés ou non, comme certaines espèces d'invertébrés (libellules) et d'amphibiens (dont le stade larvaire est aquatique et à branchies).

Malgré les efforts déployés, peu de poissons sauvés

D'un point de vue intervention, très peu de solutions étaient encore envisageables. En effet, on estime que la pollution était déjà à mi-parcours de l'Escaut wallon (écluse de Kain) lorsque les services du SPW sont arrivés sur les lieux.

Cependant, des pompiers équipés de leurs pompes ont permis d'oxygéner le fleuve à quelques endroits stratégiques. De même, le SPW Mobilité et Infrastructures a placé temporairement plusieurs aérateurs à d'autres endroits.

De son côté, avec l'aide du Contrat de Rivière Escaut-Lys et de nombreux bénévoles (riverains et pêcheurs locaux), le service de la pêche du DNF a pu sauver environ une tonne de poissons en aval côté wallon, principalement à hauteur du barrage d'Hérinnes et du canal de l'Espierres, et venir en aide à leurs homologues flamands pour sauver plus de 6 t de poissons qui ont été transférés dans des annexes du fleuve (« coupures » de l'Escaut) située à proximité et suffisamment oxygénées. Il est aussi à signaler que le gestionnaire de la voie d'eau (SPW Mobilité et Infrastructures) a retiré du fleuve et fait évacuer entre 15 et 20 t de poissons morts.

Une bonne nouvelle malgré tout...

La Wallonie ayant immédiatement prévenu ses voisins en aval de l'imminence de la pollution, la Flandre a eu le temps de mettre en place un dispositif exceptionnel (30 aérateurs placés sur le tronçon flamand et recours à une société spécialisée en oxygène liquide qui a injecté massivement de l'oxygène pur dans l'eau du fleuve) qui a permis de sauver plus de 90 % de la faune. Preuve en est que les dispositifs d'alerte sont efficaces lorsqu'ils sont activés...

C'est une excellente nouvelle car le sauvetage de ces poissons devrait permettre une recolonisation naturelle de l'Escaut en Wallonie non seulement potentiellement par l'amont, mais aussi par l'aval et transversalement par les coupures du fleuve situées le long de son parcours wallon, mieux préservées que le fleuve lui-même.

Le SPW estime qu'il faudra de nombreuses années pour que l'Escaut wallon recouvre une situation similaire à celle d'avant la catastrophe. En particulier, les autorités wallonnes surveilleront de près l'évolution de la biomasse au sein de la partie wallonne de l'Escaut et mettront tout en œuvre pour permettre la restauration de celle-ci dans les meilleurs délais. Les derniers prélèvements effectués dans l'Escaut démontrent par ailleurs que le niveau d'oxygène est d'ores et déjà revenu à des valeurs acceptables.

Poursuites judiciaires

Un procès verbal a été dressé par le Service public de Wallonie ce 4 mai contre X et envoyé au Parquet de Charleroi. Il appartient à présent à la justice de faire toute la lumière sur cette catastrophe. L'administration a désigné Maître Tasseroul pour le représenter.

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