Trois nouveaux dénombrements des personnes sans-abri et sans chez-soi ont été réalisés en Wallonie en 2025, dans les arrondissements de Tournai-Mouscron, Huy et Waremme, ainsi que dans 4 communes du bassin liégeois. Sur la base des dénombrements uniformes organisés au cours des 6 dernières années en Wallonie, on estime à 18.812 les personnes dans cette situation, regroupant 13 781 adultes et 5031 enfants.
En Belgique comme ailleurs en Europe, le sans‑abrisme et l'absence de chez‑soi constituent un défi sociétal majeur. Depuis la signature de la Déclaration de Lisbonne en juin 2021, la Belgique s'est engagée à mettre fin au sans‑abrisme d'ici 2030 grâce à des mesures structurelles fondées sur des données fiables.
C'est dans ce contexte que, grâce au financement de la Région wallonne et d'un projet de recherche européen couvrant 12 pays et 15 villes (dont deux en Wallonie), le CIRTES UCLouvain, en collaboration avec LUCAS KU Leuven, a réalisé fin 2025 trois nouveaux dénombrements des personnes sans-abri et sans chez-soi. Ces opérations « point-in-time » ont été menées dans :
- les 12 communes de l'arrondissement Tournai‑Mouscron
- les 22 communes des arrondissements Huy et Waremme,
- 4 communes du bassin liégeois.
Un chiffre global stable, mais une présence importante d'enfants
Sur base des dénombrements wallons réalisés ces six dernières années, les chercheurs ont procédé à une extrapolation pour l'ensemble de la Wallonie :
- 18.812 personnes seraient concernées par le sans‑abrisme ou l'absence de chez‑soi
- dont 13.781 adultes
- et 5.031 enfants, soit 26,7 % du total.
Ces enfants, toujours accompagnés de leurs parents, vivent majoritairement :
- en hébergement d'urgence ou temporaire (44,7 %),
- chez des proches (28,9 %),
- dans des logements menacés d'expulsion immédiate (8,6 %).
Même s'ils ne dorment pas à la rue, leur situation reste très instable.
Sans-abrisme et absence de chez-soi : une exclusion du marché du logement
Les dénombrements montrent que les personnes visibles dans l'espace public ne représentent qu'environ 7 % du phénomène. Dormir dans la rue, en hébergement d'urgence ou dans un espace non conventionnel (tente, voiture, squat...) demeure une réalité bien présente, même si elle est plus marquée en milieu urbain.
La catégorie la plus importante concerne toutefois les personnes qui doivent dormir chez des amis ou des membres de leur famille (38,2 %), une situation qui touche particulièrement les femmes et les jeunes adultes.
Tendances générales observées
Comme conclusions communes aux différents dénombrements, on observe :
- Environ un tiers des personnes dénombrées sont des femmes, moins visibles car souvent hébergées chez des proches ou en structures temporaires.
- La moitié des femmes ont des enfants partageant leur situation de logement.
- Avec enfants, les femmes résident dans 40 % des cas en centre d'accueil ou structure temporaire.
- La santé des femmes sans enfants est comparable à celle des hommes.
- Le phénomène n'est pas uniquement urbain :
- 24,2 % des adultes vivent dans des communes de < 15.000 habitants ;
- 28,7 % dans des communes entre 15.000 et 50.000 habitants ;
- 1 personne sur 3 dormant dans l'espace public vit dans une commune de < 50.000 habitants.
L'ensemble des résultats par ville est disponible sur le site de l'Observatoire wallon du sans‑abrisme.
C'est justement pour atteindre son objectif final de réduction du sans-abrisme que la Wallonie s'est dotée d'un Observatoire wallon du sans-abrisme, logé au sein du Service Public de Wallonie Intérieur et Action sociale.
Il développe et centralise l'expertise en matière de sans-abrisme, réunit les acteurs des secteurs concernés (santé, logement, etc.), évalue et coordonne les dispositifs « Housing First » (logement d'abord), accompagne et évalue 10 expériences pilotes dénommées « Territoires zéro sans-abrisme », etc. Il organise également les actions de dénombrement.
Et maintenant ?
Les communes peuvent d'ores et déjà mobiliser ces données pour adapter leurs politiques locales. Comme observé lors des dénombrements précédents, plusieurs autorités locales ont affiné leurs dispositifs de lutte contre le sans‑abrisme grâce à leurs résultats.
Mais les chiffres montrent aussi la nécessité de réponses structurelles, aux niveaux régional et fédéral.
Au niveau européen, une méthodologie similaire est en cours de déploiement : en 2025, 34 villes européennes ont mené un dénombrement coordonné par LUCAS KU Leuven, en collaboration avec le CIRTES. Un territoire wallon a participé. Avec l'appui conjoint wallon et européen, trois territoires en Wallonie et deux au Luxembourg ont été accompagnés.

